Le rapport de l'homme à la nature est un sujet récurrent dans les films de John Boorman, c'est ce que nous constatons dans un film tel que
La Forêt d'émeraude. Tourné au Brésil, ce film nous raconte l'histoire d'un enfant américain élevé par une tribu d'Indiens d'Amazonie. Encore enfant, Tommy part au Brésil avec sa mère et sa soeur pour rejoindre son père, un ingénieur américain, travaillant sur le chantier d'un barrage. Parti en visite sur le chantier, Tommy s'approche de la forêt, et trouve des Indiens qui le regarde. Peu de temps après, il disparaît. Dix ans plus tard, ses parents sont toujours sans nouvelles, mais n'ont jamais perdu espoir de le revoir un jour non plus. Un jour, Bill, le père de Tommy part en expédition dans la jungle et retombe sur lui par hasard, mais il trouve aussi une tribu de cannibales, de féroces guerriers, et leur dévoile l'existence des armes à feu. Il sera recueilli par les Invisibles, la tribu qui a accueilli Tommy dix ans plus tôt. Son fils est maintenant un homme, et fait son propre chemin dans la vie. Bill est malheureux de voir son fils s'éloigner de lui ainsi, alors qu'il vient à peine de le retrouver. Finalement, il repart seul. Mais quand les femmes des Invisibles se font enlever pendant qu'une mission des meilleurs guerriers part récupérer des pigments d'émeraude (qui leur sert de camouflage, d'où leur nom d'"Invisibles"), Tomme (puisque c'est ainsi que les Indiens l'appellent) part en ville, retrouver son père et lui demander de l'aide. Tomme et les siens découvrent ce que l'occident peut apporter de plus pervers, les femmes se sont fait enlever pour servir de prostituées à des bandits en tous genres. Le vice, la violence, Bill entreprend de les protéger de tout cela, et fait un dernier geste pour eux, il part détruire le barrage qu'il a aidé à construire, pour laisser un répit à la tribu des Invisibles.
Nous avons affaire ici à une pure fable écologiste, celle-ci d'ailleurs prend un goût amer quand on pense que la déforestation en Amazonie est loin de s'être arrêtée depuis 1985, avec toutes les conséquences tant écologiques qu'éthniques qu'elle implique. Il reste un film d'une rare beauté, où nous voyons, une fois de plus, l'amour de John Boorman pour la nature luxuriante. Les plans de ce film sont autant de tableaux, de variations sur la majesté immense de la forêt amazonienne. On reste fascinés devant cette fausse naïveté des Indiens, pourtant finalement pleins de sagesse. Ceux-ci appelle la forêt le monde, et considèrent l'extérieur comme le monde mort, quelque chose qui nous fait réfléchir sur notre rapport à la nature.
Hope and Glory Deux ans après La Forêt d'émeraude, John Boorman s'attaque à ce qui est sans doute un de ses films les plus personnels. Ce film nous raconte l'histoire de Billy Rohan, gamin de Londres en 1939. Billy vit dans une banlieue londonienne avec ses parents, Clive et Grace, et ses deux soeurs, Dawn, l'aînée, et Susie, la cadette. Tandis que l'angoisse est dans de nombreux esprits parmi les adultes, Billy se réimagine la guerre, de son esprit plein de jeux et de peurs enfantines. Loin du drame familial, ce film est en fait une tranche de vie. Il s'agit d'une année de la vie d'une famille anglaise pendant la deuxième guerre mondiale. Sans complaisance, mais avec beaucoup de tendresse, John Boorman nous dresse un portrait assez juste de cette famille dans laquelle beaucoup de gens pourront se reconnaître. Nous entrons réellement dans l'intimité de cette famille, et nous nous imprégnons de ces lieux où ils vivent, des lieux qui ont été un jour, et qui paraissent criant de vérité. Ce film est chargé de cette nostalgie de l'enfance, et en même temps, de la mélancolie d'un monde en train de basculer, mais pour mieux se recentrer sur des choses essentielles.
Au cours du film, la maison familiale de Billy brule, les obligeant à s'installer ailleurs. Billy et sa famille vont donc s'installer chez le grand-père (excellent Ian Bannen), vivant dans la campagne près de Londres, dans une campagne édenique, sur les bords de la Tamise. John Boorman apporte un soin tout particulier au rendu des textures à l'image, ce qui se ressent à travers la végétation luxuriante et les plis délicats de la Tamise au passage de la barque. Toute cette deuxième partie dégage une sensation de douceur de vivre, dans une campagne sur laquelle le temps semble ne pas avoir de prise.
John Boorman est un cinéaste pour lequel j'ai un grand respect. Son attachement au paradis perdu, la quête de cette innocence disparue, sont autant de choses qui me touchent profondément. A travers Hope and Glory, qui est le film que je préfère, je retrouve toute l'innocence de mes jeux d'enfants. Ce dont je me rends compte, maintenant que j'ai eu le loisir de le voir sur grand écran, c'est du soin qu'il apporte à ses images, d'une extraordinaire pureté, et se succédant de façon extrêmement harmonieuse. Un film de John Boorman est comme un bout de ferraille modelé par un orfèvre, anodin en soi, mais prenant une toute autre dimension par ce que le créateur a pu vouloir y voir.