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Je suis un mordu de cinéma, de metal, de manga, et de tout ce qui touche à l´imaginaire. Je suis touche-à-tout.Je dessine, je joue de la musique, j´écris. Pour les passionnés comme moi.

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Coups de coeur récents : Battle Royale

Attention! Cet article contient des spoilers, ceux qui n'ont pas vu le film n'engagent que leur responsabilité en le lisant.




Pour ceux qui n'ont aucune idée de ce que le film raconte, en voici le résumé. Au Japon, au début du XXIe siècle, l'économie s'effondre, le chômage monte en flèche, les tensions sociales se font de plus en plus fortes. Celles-ci se traduisent par une jeunesse de plus en plus turbulente. Ayant perdu foi en ce système, les jeunes désertent l'école. Pour lutter contre ce laisser-aller, le gouvernement met en place une loi destinée à rappeler les jeunes à la combativité et à la discipline. Cette loi s'appelle "Battle Royale". Elle se décline comme suit :
-Article N° 1 : Tous les élèves d'une classe sont regroupés sur une île
-Article N° 2 : Des vivres et des armes sont fournies à chaque participant
-Article N° 3 : Toutes les personnes soumises à cette loi doivent se battre en s'amusant et
avec combativité
-Article N° 4 : Aucun participant ne doit refuser le jeu ou l'entraver
-Article N° 5 : Le jeu se conclut par la victoire d'un seul et unique gagnant. Aucune dérogation à
cette règle n'est possible.

Or cette année, c'est la classe du jeune Shûya Nanahara qui est sélectionnée, une classe japonaise type, avec ses amitiés, ses rituels, ses stars et ses têtes de Turc, ses élèves sérieux et ses voyous. Pendant trois jours, sur une île déserte, tout ce petit monde va devoir s'affronter à mort, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un.

 Oui, je sais ce que vous allez me dire. Peut-on parler d'un coup de coeur récent pour un film sorti il y a bientôt sept ans en France? Disons qu'en fait, ce n'est pas le film, mais mon coup de coeur pour ce film qui est récent. A l'époque où je l'ai découvert, je l'avais retenu comme le film le plus violent que j'aie vu en salle. Je n'avais alors que 18 ans, et je me rappelle que le fait que le film soit interdit aux moins de 16 ans, même si cette interdiction ne me concernait pas, avait tendance à me faire reculer. Le film était le sujet de notre travail d'analyse critique quand j'étais en première année. Je me dis que maintenant que j'ai un peu plus de méthode, je reviendrais bien volontiers dessus. A l'époque, le film avait été une claque monstrueuse. Je me rappelle le processus tout au long du film. Dans un premier temps, quand j'entendais Kitano dire froidement "A partir de maintenant vous allez tous vous entretuer", je me demandais où j'avais mis les pieds. Le second degré du film est évident, mais cela ne me faisait pas du tout rire à l'époque. J'étais complètement pris à la gorge par le suspense du film, et j'étais surtout ahuri de voir une telle débauche de violence à l'écran, à part peut-être les films de Tarantino, je ne l'avais jamais vue poussée aussi loin.


premier pas dans un monde de terreur, la survivante d'une édition précédente


A l'époque, les références en la matière me manquaient pour qualifier la sauvagerie de ce film, je connaissais pourtant des noms tels que Quentin Tarantino, Oliver Stone, Paul Verhoeven. J'avais vu et adoré Orange mécanique, je m'étais repu des hectolitres d'hémoglobine des premiers Peter Jackson (ce qui fait toute la différence entre Bad Taste et un nanar de base, c'est le fait de pouvoir écrire sur la jaquette "Par le réalisateur du Seigneur des Anneaux et de King Kong"). Mais j'ai surtout été terrifié par l'idée que des lycéens puissent subir et faire subir une telle monstruosité, des jeunes, certains même ressemblant à des enfants tant leurs traits étaient juvéniles. Certains, à l'époque, avaient fait le rapprochement avec Sa Majesté des Mouches. En d'autres termes, j'avais surtout retenu la baffe que ce film m'avait fichue, et bien entendu, j'ai aussi retenu la critique politique et sociale du Japon, toujours dans une course à une réussite à laquelle plus grand monde ne croit, alors que l'Empire du Soleil Levant était en pleine récession économique. C'est d'ailleurs ce qui apparaît au début du film, récession économique, indiscipline grandissante des jeunes, pour mater la rébellion qui gronde, le gouvernement japonais met en place un programme ultra-répressif, destiné à dégager la crème de la crème de la jeunesse, et éliminer les trublions au passage.


Il ne doit en rester qu'un

Ce n'est que récemment, près de six ans après que j'ai vu le film en entier pour la dernière fois, que je le revois enfin. Je dois dire qu'il est moins insoutenable que dans mon souvenir. Certes, il est toujours d'une extrême cruauté, mais si on ne retient que ça, on n'a rien retenu du film. Le jeu de massacre auquel les élèves sont contraints constitue surtout un excellent prétexte cinématographique pour exacerber leurs rapports sociaux.


Des rapports d'amitié et d'amour qui créent, par leur innocence,
 un contraste avec l'extrême violence du jeu

Ce qui revient le plus dans ce film, au-delà de l'ultra-violence, c'est surtout l'évocation de l'adolescence, une période marquée par la souffrance. Chaque personnage souffre de quelque chose. Shûya est resté traumatisé par le suicide de son père, Noriko, le personnage principal féminin, est la souffre-douleur des loubardes de sa classe. Mais c'est aussi une période marquée par les premières amours, par l'amitié. Shûya attire un certain nombre de filles dans sa classe. Shûya, anéanti par la mort de son meilleur ami au début du jeu, a juré intérieurement de le venger. En flashback, nous voyons ses rapports avec lui, ce sont ceux de deux copains d'enfance qui ont fait les 400 coups ensemble. Ces rapports sociaux entre jeunes découvrant la vie sont touchants dans leur naïveté, et constituent un contraste très fort avec l'horreur du jeu sanguinaire auquel ils se livrent. Tout au long du film, nos personnages sont ainsi sur la corde raide, à osciller entre l'innocence de l'enfance et la cruauté du monde des adultes. Au-delà de savoir qui survit ou non, il est surtout bouleversant de voir comment réagissent les personnages dans des circonstances aussi extrêmes, et surtout par le fait que très peu d'entre eux sont réellement méchants, et que ce qui les pousse au crime, finalement, c'est surtout la peur. Le garçon N° 1, Yoshio Akamatsu est décrit comme un garçon plutôt gentil, très "nounours", ce qui ne l'empêche pas de commettre le premier meurtre, en décochant un carreau d'arbalète sur une camarade de classe, non pas par cruauté, mais bien parce qu'il est terrorisé. La séquence du phare, où le rassemblement d'un groupe de camarades de classe tourne au massacre parce que la méfiance s'installe est en ce sens exemplaire.

En revoyant le film, j'ai été surtout plein de sympathie non seulement pour les survivants, mais aussi, parmi ceux qui sont morts, pour ceux qui étaient de leur côté. On est révolté devant le meutre de la pauvre Megumi, une lycéenne fleur-bleue qui collectionne les photos du garçon dont elle est amoureuse, et qui finit sauvagement égorgée à la faucille, parce qu'elle ne s'est pas fiée à la bonne personne. On est plein d'admiration pour Shinji Mimura, le hacker génial, qui préfère enrayer le système plutôt que de se battre, et pour ses copains, qui n'envisagent pas un instant de le trahir. On est plein de compassion pour Yuko, rongée par le remords, qui a la mort de toutes ses amies sur la conscience, parce que l'une d'entre elles a mangé un plat empoisonné par ses soins qui ne lui était pas destiné.

Tous ces personnages, dans leur diversité, même s'ils finissent parmi les victimes, restent finalement très dignes. Finalement, on se fiche pas mal de savoir qui gagne à la fin. On n'a pas spécialement de sympathie pour le gagnant qui a écrasé les autres, parce qu'il a été plus fort, plus malin, ou plus fourbe, ou simplement parce qu'il a eu plus de chance, ce surhomme inquiétant, portant à vie les stigmates de ce jeu barbare, érigé en modèle pour la société, en dépit de son expérience peu enviable. On a beaucoup plus de sympathie pour ceux qui essayent d'enrayer la machine, car même s'ils meurent, c'est dignement, et la tête haute. Toute la force des héros n'est pas d'avoir remporté le combat, mais bien d'avoir ébranlé la machine.



Toute la force de ceux qui gagnent est d'avoir réussi, non pas en
écrasant les autres, mais en enrayant la machine
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