Une des grandes caractéristiques du polar, c'est qu'il est un genre urbain. Nous pouvons certes trouver des contre-exemples, il n'empêche que c'est assez souvent dans des grandes villes que se jouent les intrigues policières. Nombre des films consacrés au genre, ou des séries TV, se déroulent dans des grandes villes. Cela tient aussi à un fait social, généralement, la criminalité, à l'instar de la population, se concentre en ville. Les grands classiques du film policier, ceux de Henri-Georges Clouzot
comme ceux de Martin Scorsese ou de Sidney Lumet se déroulent dans de grandes villes. Il peut s'agir de Paris, New York, ou même Los Angeles, Marseille, Londres, etc., mais le principal reste que le film se déroule le plus souvent dans une grande ville marquée par une réalité sociale. La ville est un lieu où la richesse se concentre, mais où, non contente de se concentrer en un seul lieu, elle se concentre aussi entre quelques mains particulièrement. Cela implique donc également la présence de laissés pour compte, une grande misère à côté de la grande richesse. Historiquement, ce sont les classes défavorisées, souvent avec une grande concentration d'immigrés qui sont à l'origine du crime organisé. Aux Etats-Unis, le crime organisé s'est développé pendant la prohibition avec les immigrés italiens, alors en mal d'intégration et de reconnaissance sociale. De même, au Japon, les yakuzas sont constitués en grande partie des exclus de la société. Il en va de même à Hong-Kong, où les triades se développent parallèlement au commerce officiel. Les grandes villes, un peu partout dans le monde, constituent donc un terrain favorable à ce genre d'intrigue. En outre, dans les villes, nous avons un aperçu large de la société. Nous voyons les personnes des plus riches aux plus pauvres, nous voyons des personnes respectables, d'autres franchement monstrueuses. Tout celà permet de concentrer sur un seul lieu un éventail de personnages très large.
Ensuite, il y a le style, l'esthétique du polar. S'il s'agit d'un simple jeu de pistes, un petite ville fera très bien l'affaire, mais quand on parle d'affrontements ouverts, il faut une grande ville, où on peut envisager des fusillades, des grandes courses-poursuites sur un périphérique, des truands qui trouvent un endroit où se cacher. L'ensemble confère au genre une majesté toute particulière. La ville, lieu majestueux, à la fois espace d'ambition et de perdition, exerce une fascination pour le public, dans l'utilisation qui en est faite pour le film policier.

Des personnes des plus riches aux plus pauvres, ici, une rue typique de Hong-Kong
Hong-Kong est une ville, historiquement, c'est une ville-état, enfin, c'est une ville de 6 millions d'habitants, ce qui la place parmi les très grandes villes, même si de nombreuses autres villes en Chine ont cette taille, Hong-Kong reste unique en son genre, puisque c'est la seule où on voit ainsi se rencontrer les cultures anglo-saxonne et chinoise. La logique d'aménagement urbain, tout particulièrement le développement à la verticale de la ville renvoie à cette culture anglo-saxonne qui a marqué Hong-Kong. Celà ne suffit certes pas à en faire une ville à l'américaine, mais une partie du folklore de ce type de ville se retrouve ici. C'est aussi ce qui nourrit l'imagination fertile des cinéastes.
De même que nous retrouvons cet environnement évocant les métropoles américaines, de même, nous pouvons retrouver une inspiration hollywoodienne dans les polars de Hong-Kong. Nous retrouvons les mêmes poncifes, des courses-poursuites, des fusillades, des machinations, des scénarii à tiroirs, des affrontements sanglants entre gangs, ou entre police et truands. Nous pourrions donc nous demander, plutôt que ce en quoi le genre à Hong-Kong ressemble au genre à Hollywood, ce en quoi il se distingue. Une des différences fondamentales, même si celà semble d'une évidence affligeante, c'est la ville de Hong-Kong même. Le décor est différent, cela confère au film un charme qui, même s'il est comparable aux films américains, n'en est pas identique pour autant. De même la caractéristique de Hong-Kong qui ne caractérise aucune ville américaine, c'est son statut de ville-état. Même maintenant que Hong-Kong fait de nouveau partie de la Chine, Hong-Kong reste Hong-Kong. La ville a gardé cette habitude de fonctionner en vase clos, et c'est ce qu'on retrouve dans ces films, comme dans Breaking News, où les "Chinois du continent" sont déjà un peu des étrangers, même s'ils sont eux-aussi chinois. Il en ressort que la ville ici ne se contente pas de donner une vision d'ensemble d'une société, elle englobe toute cette société, puisqu'en dehors de la ville, à Hong-Kong, il n'y a rien. Nous retrouvons donc cet aspect de microcosme dans Hong-Kong, et nous voyons bien qu'au-delà d'un décor, c'est un lieu où des gens vivent. Un peu comme si quelqu'un filmait une course-poursuite dans le VIIe arrondissement de Lyon, en plus du suspense, on profite du décor. Hong-Kong fascine aussi dans ces films parce que c'est une ville qu'on a, quoi qu'il en soit, moins l'habitude de voir au cinéma que New York ou Los Angeles.