Je suis allé voir ce film il y a dix jours au cinéma, et j'ai eu le coup de coeur. Sur l'histoire du célebre criminel Jacques Mesrine, Jean-François Richet est parvenu à nous pondre un polar flamboyant, retraçant l'histoire d'un malfrat fascinant.
Le film commence en banlieue parisienne, alors que Mesrine part vers sa mort, pris au piège par un camion banalisé, rempli de policiers armés jusqu'aux dents. Le film commence par la fin, que tout le monde connaît, quand Mesrine meurt, abattu par balles un jour de 1979, à quelques mètres de l'endroit où il est né.
La suite nous évoque sa jeunesse, où nous retrouvons Mesrine, du temps où il était appelé en Algérie, puis son retour en France, ses premiers pas dans la Pègre. Nous nous retrouvons dans un univers digne d'un policier des années 60, où nous retrouvons Gérard Depardieu, dans le rôle de Guido, un malfrat vieillissant qui n'est pas sans rappeler Jean Gabin à la fin de sa carrière (dans des films comme
Touche pas au Grisbi, de Jacques Becker, d'où mon titre). Nous voyons Mesrine, toujours sur la corde raide entre grandeur et décadence, devenir peu à peu un géant du crime, alternant les séjours en prison et les succès fracassants.
La seconde partie nous montre Mesrine, avec sa compagne Jeanne Schneider (jouée par Cécile de France, magnifique!), de l'autre côté de l'Atlantique, à Montréal. Nous nous retrouvons là dans un univers digne d'un Scorsese ou d'un Michael Mann, où Mesrine défraie la chronique dans un Québec en pleine Révolution Tranquille (où le souverainisme québecois gagne en importance). C'est dans ces circonstances que Jacques Mesrine fait la connaissance de Jean-Paul Mercier, son comparse québecois, indépendantiste, qui deviendra braqueur de banques après un séjour en prison avec lui.
Je ne vais pas donner mon opinion sur la véracité des événements relatés dans le film. Ce que j'en retiens, c'est moins une biographie fidèle du célèbre truand qu'un magnifique polar. Vincent Cassel, qui avait joué les lascars quelque quinze ans plus tôt dans
La Haine, de Kassovitz, nous revient ici dans le rôle d'un bandit grande classe, digne d'Al Pacino dans
Scarface.
Autant vous le dire, pour moi, avant de voir ce film, la seule image que j'avais de Mesrine, c'était celle d'un criminel, un point, c'est tout, mais c'est un personnage beaucoup plus complexe (et donc beaucoup plus intéressant), un être humain, certes un voleur et un assassin, mais aussi un homme pour lequel on arrive à éprouver de la sympathie. Nous trouvons ici une figure shakespearienne, d'un homme qui a nourri de grandes ambitions et qui a été prêt à aller jusqu'au bout pour ça, quitte à ce que cette ambition le consume. C'est cruel, ce n'est pas forcément moral, mais c'est romantique, au sens littéraire du terme. C'est l'histoire d'un homme qui a tracé sa voie, celle du crime, et qui a vécu conformément à cette voie, jusqu'au bout.
Nous trouvons dans
L'Instinct de mort, premier volet du binôme
Mesrine, à la fois le portrait d'un héros tragique, et un superbe hommage au polar hollywoodien, à l'image du personnage de Mesrine lui-même. Mesrine n'était pas une petite frappe comme le polar français aime à nous en montrer, ce n'était pas un lascar. C'était un seigneur du crime, digne des plus grands films de gangsters américains. Le personnage n'en est pas plus moral, mais tellement plus fascinant. Ce qui en ressort, c'est que même en sâchant de quel côté il était, il est difficile de ne pas l'aimer ne serait-ce qu'un peu. Ce n'est pas une âme damnée vouée au mal, c'est un être humain qui a choisi la voie du crime, d'une façon que Richet nous montre comme logique.
On ne saura pas si c'est conforme à ce qu'il était vraiment, mais ce qui est certain, c'est qu'à l'image de Jacques Mesrine, le vrai, il est difficile d'avoir une opinion tranchée sur Jacques Mesrine, le personnage joué par Vincent Cassel.