Caricature parue sur le site de la CNT-AIT
Faut-il vraiment vous raffraichir la mémoire? Je m'intéresse beaucoup à la politique, ceux qui me connaissent le savent. Et je fais une rubrique à ce sujet dans l'espoir, peut-être illusoire, que je gâcherai moins de soirées à en parler. Pour ceux qui ne le savaient pas, je suis plutôt à gauche, même si ma sensibilité varie, selon les sujets, du centre à l'anarchisme, en passant par le communisme. Je suis un grand amateur d'essais en tous genre, et émettre des hypothèses sur un autre monde possible, pour parler comme mes amis d'ATTAC, est une activité qui me plaît beaucoup. Aujourd'hui, j'aimerais tordre le cou à une idée reçue. Je retiens personnellement le 6 mai de cette année comme un jour tragique, celui où la France a renoué avec un bonapartisme que nous croyions révolu. J'ai espéré jusqu'au bout que la France accueillerait l'avenir à bras ouverts, mais finalement, c'est la France des vieux qui l'a emporté. La valeur travail a conquis principalement... les retraités, et jusqu'ici, les sympathisants de Nicolas Sarkozy que j'ai pu croiser n'ont pas été fichus de me trouver d'arguments potables contre Royal. L'Etat, ce n'est pas lui, l'Etat, c'est nous, nous qui l'avons élu, et qui n'avons pas jugé utile de nous déplacer pour nos députés. Le "nous" ne me concerne pas personnellement. C'est de nous les Français qu'il s'agit ; j'ai conscience d'une chose que ceux qui ont mis Sarkoléon au pouvoir semblent avoir oubliée, c'est qu'on est tous dans le même bâteau. Sortir la France de la merde, ça ne se fera pas au profit des uns et au détriment des autres.
Mais je m'éloigne du sujet, ma question portait sur la "valeur travail", ce que j'aimerais bien savoir, c'est tout d'abord ce en quoi c'est une valeur et comment on la définit. A priori, le plus méritant, c'est celui qui fournit le plus d'efforts. Cela pourrait justifier qu'un agriculteur, un éboueur, ou un déménageur gagne beaucoup plus d'argent qu'un P.D.-G.. Mais à moins d'une mauvaise foi hors du commun, un P.D.-G. lui-même reconnaîtrait que ce n'est pas le cas. A partir de là, comment justifie-t-il ses salaires à cinq chiffres, quand certains ménages gagnent péniblement 1500 pour toute leur famille? Sont-ce là les efforts dûment récompensés que Sarko nous fait miroiter? Ils gagnent plus d'argent parce qu'ils produisent plus de richesse... la belle affaire! Cette richesse va certainement leur permettre de faire le bien autour d'eux?
Pfff! Même pas! Ils s'achètent des grosses cylindrées, écument les magasins grand chic, et hantent les hotels grand luxe des Seychelles, des Bahamas, ou de Dieu sait où, après avoir au préalable pourri l'atmosphère à bord de leur jet privé. Oui, les riches polluent comme des porcs! Vous croyez vraiment qu'il faut les encourager? Vous appelez ça un modèle de réussite? Vous m'excuserez d'en préférer un autre, plus respectueux de la nature. Juste quelques chiffres pour ceux qui n'auraient pas suivi tout le feuilleton : si tout le monde consommait comme un Français, il faudrait trois planètes, et les émissions de gaz à effet de serre de la France sont quatre à cinq fois supérieures à ce qu'elles devraient être, et nous élisons un président qui vante des valeurs productivistes, et dont le premier geste, une fois élu, est de se payer des vacances en jet privé, est-ce bien raisonnable? Si c'est pour cautionner cette idéologie, ce n'est pas la peine de critiquer les Américains.
Ensuite, parlez-moi donc du caractère épanouissant du travail. Je vais vous en donner un exemple extrême. La Chine, en plus de devenir le premier pollueur du monde, est aussi un pays dont la population est très travailleuse. Mais expliquez donc à un ouvrier chinois que c'est merveilleux de travailler, je ne suis pas sûr que ça va lui plaire. Chez les ouvriers chinois, le travail, c'est quinze heures par jour, dimanche compris, peut-on vraiment ériger ça en modèle? Le travail en tant que valeur, c'est bon pour retourner les malades de travail contre ceux qui ne travaillent pas, ou qui travaillent moins.
Ne vous méprenez pas, je conçois tout-à-fait que le travail puisse être quelque chose de valorisant. Mais je n'envisage ce cas de figure qu'à trois conditions, on doit prendre du plaisir au travail qu'on fait, et les efforts doivent être dûment récompensés, et on ne doit pas confondre travailler beaucoup et travailler bien. On peut envisager, dans une société digne de ce nom, que la deuxième condition soit remplie, mais la première ne concerne que quelques happy fews, à partir de là, il me paraît souhaitable que les autres puissent se construire par d'autres moyens, ce qui implique que leur travail (au sens rémunérateur du terme) n'occupe pas une place trop importante dans la vie tant sur un plan temporel que psychologique. En ce qui concerne ces personnes, le travail n'est pas une finalité en soi mais une nécessité, avoir un travail bien payé et laissant du temps libre garantit un bien plus grand bien-être social, parce que :
1. Travailler moins revient, la plupart du temps, à travailler mieux, parce qu'on est plus performant quand on ne se tue pas au travail.
2. moins travailler permet de cultiver un autre pan de la vie sociale, c'est-à-dire se consacrer à sa famille, à ses amis, où à un hobby.
3. ménager ses efforts est souhaitable pour la santé, il ne faut pas chercher bien loin les causes du surmenage ou de la dépression.
4. moins produire sous-entend moins polluer,
5. vivre simplement, c'est s'affranchir de la société de consommation, la plus grande imposture du XXe siècle, qui amène le fait d'avoir de l'argent et de le dépenser comme une réussite. Si c'était vrai, on compterait beaucoup plus de dépressifs en Amérique du Sud qu'aux Etats-Unis ou au Japon.
Il paraît que le travail, c'est la santé. Si le travail vous rend malade, c'est qu'il y a un problème quelque part.