Que les habitués des recherches universitaires scrupuleux sur les sources citées me pardonnent, je sais, en ce qui me concerne, que j'en cite assez peu pour cet article dont, rappelons-le, personne n'a rien à foutre, mais pour le reste, je l'écris au beau milieu de la nuit, je souhaite juste que le jury retienne juste ça à ma décharge.
Le Seigneur des Anneaux (Peter Jackson, 2001-2003)
Voilà, après cet incipit chargée d'excuses aussi plates que les propos de votre serviteur en général, nous allons pouvoir commencer. Je suis maintenant en train de m'interroger, ceci est fort légitime, j'ose espérer, sur l'avenir d'un genre cinématographique qui me tient tout particulièrement à coeur : j'ai nommé l'heroic fantasy. Vous croyiez, après le succès écransant du
Seigneur des Anneaux, que cela découragerait les autres de faire mieux? Ce serait mal connaître les producteurs hollywoodiens et le public (dont je fais partie) qui en redemande. Une fois
Le Retour du Roi sorti sur nos écrans, il fallait bien quelqu'un pour en découdre avec la série des adaptations au cinéma de
Harry Potter, un monstre, un blockbuster pour nous en mettre plein la vue comme Peter Jackson y était arrivé. Alors, Walt Disney s'est lancé, avec son adaptation des
Chroniques de Narnia, le roman de C.S. Lewis (bon ami de Tolkien au passage). Nous n'en sommes pour le moment qu'au début, puisque la deuxième chapitre au cinéma n'est prévu que pour 2008 (du moins il me semble). Très bien, ça fait un concurrent à
Harry Potter et un deuxième film à voir pour la période des fêtes de 2005. Eh oui, j'y suis allé, vous pensez bien, et aux deux,
Narnia et
Harry Potter, ça va sans dire. L'année suivante, c'était un peu plus délicat, parti en Allemagne, je n'avais pas vraiment le temps pour ça une fois revenu en France. Sorti pour la période des fêtes de 2006,
Eragon, basé sur un roman écrit par un p'tit génie (l'auteur avait 15 ans au moment de publier, est-ce pour autant un gage de qualité, n'ayant pas lu le livre, je ne peux pas vous répondre, même si je sais qu'Alfred Jarry avait le même âge au moment d'écrire
Ubu Roi). Allez comprendre pourquoi, le film ne m'a pas inspiré outre mesure, et je n'ai pas jugé utile d'aller le voir. Il s'en est suivi, à mon retour en Allemagne par la suite, une longue période où je ne suis pas retourné dans une salle de cinéma. Puis je suis quand même allé voir le troisième et excellent
Pirates des Caraïbes. un mois plus tard est sorti au cinéma le cinquième
Harry Potter,
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, que j'ai vu au cinéma Imax de Montréal, où j'ai eu la malchance d'oublier les lunettes 3D, ce qui m'a gaché une partie du film, mais bon, c'est la vie.

(
Le Monde de Narnia : le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique, 2005)
Par la suite, je n'ai plus vu grand chose comme films du genre, jusqu'au mois dernier, quand
Stardust, l'excellent roman de Neil Gaiman a été adapté à son tour à l'écran. Je mentirais si je disais que je n'ai pas passé un bon moment, et pourtant, ce film ne m'a pas marqué, comme les premiers volets de
Harry Potter ou les trois
Seigneur des Anneaux. Quelques temps plus tard, je suis allé voir au cinéma
Les Portes du Temps, lui aussi joyeusement matiné de fantastique et d'aventures. Et là, même verdict, c'est sympa, mais ce n'est pas inoubliable.
Alors, je pose la question, à moins d'un mois de la sortie du premier film adapté de la trilogie
A la Croisée des mondes, de l'écrivain anglais Philip Pullman, dont le film annoncerait, paraît-il, un renouveau du genre, la
fantasy au cinéma serait-elle déjà en train de s'essouffler? Je ne vais pas avant l'heure, m'aventurer à faire des pronostics sur un film que je n'ai pas encore vu et dont je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il vaut, mais même si je pense que ça va être énorme, je ne pense pas que ça va révolutionner grand-chose, pas plus que ça ne va sauver la
fantasy au cinéma de l'essoufflement. Ne croyez pas que ça me réjouisse, comme je le dis, je suis un grand fan de
fantasy et je trouve dommage de ne pas en voir plus au cinéma, mais mon inquiétude est de me trouver face à un genre mort né, dont j'attendais beaucoup plus.
Je m'avance un peu en parlant de genre mort né. La présence de
fantasy au cinéma ne date pas de quelques années seulement. On pourrait en situer les prémices vers la fin des années 70, quand la sortie de
Star Wars a élargi l'idée de ce que le cinéma pouvait offrir en matière d'imaginaire. En 1982, John Milius a réalisé
Conan le Barbare, le film qui a révélé Arnold Schwarzenegger. Il est sorti au cours des années 80 quelques films qui ont marqué le genre, ou qui s'en rapprochaient, citons-en quelques-uns :
Excalibur (John Boorman, 1980),
L'Histoire sans Fin (Wolfgang Petersen, 1984),
Legend (Ridley Scott, 1986),
Princess Bride (Rob Reiner, 1987),
Willow (Ron Howard, 1988). Par la suite, le genre s'est fait moins présent, même si on peut quand même raisonnablement compter dedans
Hook (Steven Spielberg, 1991, un de mes meilleurs souvenirs de gosse avec ma tante Marie). En 1999, la machine
Star Wars a fait un come back triomphal, quoique controversé), et a visiblement reconverti les codes du genre
fantasy pour les années qui ont suivi, puisque quand le premier
Harry Potter est sorti sous la forme de film, les critiques n'ont pas manqué pour signaler la ressemblance entre le match de Quidditch et la course de modules de
Star Wars : Episode I.

Arnold Schwarzenegger dans
Conan le Barbare (John Milius, 1982), mythique!
Mais on peut sans trop de risques affirmer qu'un autre film a défini cette esthétique "larger than life" (plus grand que la vie), il s'agit de la trilogie du
Seigneur des Anneaux, de Peter Jackson. Aujourd'hui, je pense qu'il est souhaitable de considérer cet élément comme acquis. Au reste, la faste de
Conan le Barbare ou des premiers
Star Wars montre que cela fait vraiment partie du genre et que si le phénomène s'est accru au cours de la dernière décennie, c'est surtout parce que les moyens techniques
le permettaient. Le problème serait-il donc à chercher de ce côté là?
Faudrait-il qu'un nouveau Bergman ou qu'un Kaurismäki s'y essaie à son tour? Ne peut-on pas envisager le genre autrement? La
fantasy est-elle prisonnière des codes visuels que Hollywood a défini pour elle, ou est-ce à mettre sur le compte d'un manque de prise de risques par ailleurs?

Nightwatch
(Timour Bekmambetov, Russie, 2005), un des rares exemples de production fantasy
autre qu'américaine Je pense très honnêtement que c'est le manque de créativité par ailleurs qui est fautif. Je pars de ce postulat à partir d'une observation. Ce qu'on a vu comme films de
fantasy ou assimilés à l'écran est complètement insignifiant par rapport à l'immense production de romans qui a pu être faite. Je constate que si la majeure partie des productions cinématographiques du genre sont américaines, il n'en va pas de même avec les romans. Outre les Américains Robert E. Howard, Frank Herbert, ou Jack Vance, et les anglais J.R.R. Tolkien, C.S. Lewis, ou plus récemment Michael Moorcock ou Philip Pulman, le genre compte de nombreux écrivains de toutes les cultures imaginable, du Français Pierre Grimbert (
La Malerune) à la Québécoise Anne Robillard (
les Chevaliers d'Emaraude), en passant par le Russe Serguei Loukanienko (
Nightwatch, adapté au cinéma) ou l'Allemand Markus Heitz (
Ulldart, malheureusement non traduit en français).
L'immense diversité des créations
fantasy m'amène à penser que ce n'est pas le genre qui s'essouffle, mais le regard qu'on porte dessus à Hollywood. En même temps, si je demande des créations dans le genre qui ne soient pas anglo-saxonnes, peu de gens sont capables de me répondre, à part bien sûr les fans purs et durs. Alors, maintenant, ce que je me demande, c'est ce que cela donnerait, si un Jean-Pierre Jeunet, un Alex De La Iglesia ou un Jan Sverak s'y collait. Je suis prêt à parier que les critiques seraient dythirambiques, celles de votre serviteur aussi.
Alors, j'en appelle à la créativité de tous les cinéastes en herbe de la vieille Europe, et je vous préviens que si personne ne s'y colle, je finirai par être le premier.